






Gouache on paper
Horacio Cassinelli s’attaque au lieu commun de la peinture, le sujet floral. Il peint des bouquets de fleurs dans des vases. On reconnaîtra peut-être des roses, des tulipes ou des orchidées mais rien n’est sûr car, contre toute attente, ces œuvres s’exposent en nuances de gris. Le gris de la feuille de papier sert de mètre étalon : c’est celui des pétales, qui sont représentées comme en creux. L’acrylique blanc et la mine de plomb sont utilisés pour figurer les tiges, les feuilles et le fond.
L’ensemble rappelle, plus que le rendu de la grisaille (une peinture monochrome en camaïeu gris), l’aspect des plaques d’impression après un seul passage de couleur, comme si les œuvres n’étaient pas finies. La couleur manquerait. L’artiste aurait gardé le meilleur pour la fin, la touche finale – le rouge vif des pétales ou bien l’éclat du vase – qui viendrait activer la peinture, puis il se serait ravisé. Frustration du visiteur qui veut remplir les blancs … ou en l’occurence les gris ! Heureusement la matière grise du cerveau (grey matter en anglais) vient à la rescousse, elle complète : nous voyons toute une gamme de couleurs car les fleurs sont forcément colorées. CQFD.
Pourtant la surface grise neutralise la véritable fonction des fleurs, qui est d’attirer par leurs couleurs les insectes afin d’assurer la reproduction des plantes. Elle sabote du même coup les photos de vases de fleurs trouvées sur des sites de vente en ligne dont Horacio Cassinelli s’est inspiré : elle ne met pas en valeur, elle ne flatte pas l’œil. De loin, on a du mal à distinguer ces peintures aux contrastes éteints, d’une pâleur fantomatique. C’est la réserve un peu mystérieuse de ces œuvres effacées qui attire : une présence discrète mais prégnante, comme celle d’êtres disparus qui flottent entre apparition et disparition. Pas de doute, il faut s’approcher.