






Acrylic on wood
Horacio Cassinelli fait sortir les colibris du bois ! Il peint à l’acrylique et à taille réelle des dizaines de colibris sur 30 petits carrés de bois. Sur cette surface rigide et sans trame ressort dans ses moindres détails le plumage coloré de ces minuscules oiseaux tropicaux. Il les a souvent observés dans le jardin de la maison familiale en Uruguay. Pourtant, impossible de les représenter d’après nature car le colibri a beau sembler faire du surplace, c’est un grand hyperactif : jusqu’à 1200 battements de cœur et 4000 battements d’aile par minute, soit bien au-delà de l’acuité visuelle de l’œil humain. L’artiste les peint donc d’après photo mais il choisit des images aux antipodes de la peinture naturaliste : ici, les ailes sont floues, d’un rendu chewingommeux ; là, les yeux se distinguent à peine. Les colibris traversent le champ en une fraction de seconde et il les capture de justesse, en train de rentrer ou de sortir du cadre. On se prend à penser que si le tableau avait été accroché un peu plus haut, ou un peu plus à gauche, on verrait l’oiseau en entier.
« Je ferme les yeux et je vois un vol d’oiseaux. La vision dure une seconde, peut-être moins. Leur nombre était-il ou non défini ? Le problème enveloppe celui de l’existence de Dieu. Si Dieu existe, le nombre est défini, car Dieu sait combien d’oiseaux j’ai vus. Si Dieu n’existe pas, le nombre n’est pas défini, car personne n’a pu en faire le compte. » écrivait Jorge Luis Borges dans Argumentum ornithologicum. Combien sont-ils ? Au visiteur de voir.